Partager l'article ! La raie Virgine : un joli conte sur le changement ... de regard !: Comment peut-on passer du métier de commandant des armées à ...
Comment peut-on passer du métier de commandant des armées à celui de clown divertissant les enfants ? C’est ce que vous propose de découvrir ce conte en vous narrant l’histoire de Virgine ! Une raie militaire, avide de gloire et de puissance qui ne s’intéresse qu’aux conquêtes. Jusqu’au jour où, avec son armée, elle arrive au pays des poissons vahinés…
Virgine était une raie qui habitait les grands fonds. Elle avait des rêves de gloire et de puissance, et, depuis toute petite, s’entraînait à être forte pour arriver un jour à prendre le pouvoir. Elle pratiquait des exercices assidus d’assouplissement, de camouflage, d’endurance. Elle était devenue au fil des ans, une raie grande et musclée. Ses rêves de puissance n’avaient pas faibli. Elle désirait maintenant dresser une armée et conquérir le territoire des fonds marins.
Elle entreprit donc de recruter : des raies bien sûr, mais aussi des requins, des murènes et autres poissons divers et variés. Comme un sergent, elle les entraîna, à la dure, sans fléchir. Et bientôt, tous furent dressés à obéir et à respecter l’ordre. Ils se déplaçaient tous impeccablement rangés, suivant Virgine qui avançait fière, la tête légèrement relevée, les ailes raidies, en position semi-ouverte. Celle-ci décida alors qu’il était temps de passer à l’action. L’heure de la conquête était venue. Elle siffla donc le cri de guerre : « U LULU LU LU U U ». Et aussitôt, toute la troupe envahit le grand fond. Bientôt, chaque coin fut occupé. Les habitants regardaient tout ça, étonnés.
- « Mais, que se passait-il ? Pourquoi leur interdisait-on de sortir ? Qui étaient tous ces poissons militaires ? ».
Alors, Virgine se mit à parler :
- « Je suis le commandant Virgine. Désormais, c’est moi qui donne les ordres. Rien ne devra plus se faire sans m’en référer. Ma devise est : le règne dans l’ordre, alors qu’on s’y tienne ! Voici ma première consigne : tout le monde se lève à l’aube, travaille et prend une pause de cinq minutes pour manger. Le soir, coucher impératif à 20h ! »
-« Hein, quoi ? Mais… » voulut argumenter un thon.
-« Il n’y a pas de Mais ! » hurla Virgine, « et vous allez l’apprendre en prison ! Une semaine au trou, voilà ce que vous avez gagné avec votre opposition ! Et attention, je promets au prochain qui oserait la même réticence, quinze jours en cabane… C’est clair ? »
Durant les prochains jours, les habitants du coin s’exécutèrent, certains déjà dociles et résignés, d’autres grognons et en colère. Virgine était fière : elle y était parvenue. Sa gloire était là ! Depuis le temps qu’elle s’y préparait ! Ah… On se souviendrait d’elle dans les annales. Virgine, la raie conquérante ! Car elle ne comptait pas en rester là. L’océan était plein de territoires à conquérir, et sa soif de conquêtes était sans fin… Elle entreprit alors de s’attaquer au récif corallien. Ah, elle allait les dresser, ces poissons oisifs et colorés ! Mais les choses ne se passèrent pas exactement comme elle les avait prévues. En effet, quand ils arrivèrent, la fête battait son plein, et de jolies vahinés dansaient en cadence. Les soldats furent accueillis avec des sourires et des colliers de fleurs. Ils furent invités à se joindre à la fête et, certains se laissèrent tenter. Virgine intervint aussitôt. Elle punit les malfaisants et voulut couper la musique. Elle donna des ordres pour cela, mais sans succès. On ne trouva pas d’où venait le son. Et les militaires avaient de plus en plus de mal à obéir : leurs nageoires les démangeaient de swinguer, tous leurs corps avaient envie de bouger. Puis, les poissons sirènes étaient tellement belles…
Virgine enregistra de plus en plus de défections, et bientôt, toute sa troupe se trouva en train de danser parmi les fleurs. Elle eut beau crier, invectiver, menacer… Rien n’y fit. Elle reçut en retour un gros corail épineux qu’on lui cala dans la bouche, histoire qu’elle ne gêna plus la parade.
-« Grum-grum-GRUM ! » grommela-t-elle, sans parvenir à s’ôter le cactus de la bouche.
Elle devint malgré elle le clown de la fête, et fit bien rire toute l’assistance. Plus elle essayait de dire sa colère, plus ses mimiques devenaient drôles… C’était pour elle sans solution. Elle, la grande conquérante changée en clown ! Ce n’était pas supportable ! Puis, elle vit dans la foule, des enfants poissons qui riaient. Là, tout devint soudain acceptable ! Que c’était bon de voir ces enfants s’amuser, et, en plus, grâce à elle ! Alors Virgine changea volontairement. Elle souhaita rester clown pour le plaisir de voir l’éclat de rire pétiller dans les yeux des petits. Elle se para d’une tenue colorée, revêtit un nez rouge, chaussa un beau chapeau, et utilisa ses muscles pour faire des acrobaties rigolotes. Parfois, elle caricaturait les militaires, et cela faisait beaucoup rire. Seul point commun avec son passé : elle avait là encore une troupe autour d’elle, mais constituée cette fois d’enfants, avec leurs rires, leurs fantaisies et leur joie de vivre… C’était le bonheur !
Copyright Valérie Bonenfant
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